« Temps Mossad sur BKK » de Pierre Olivieri... Réinventer le genre ?

Publié le par Jean Philippe Demont-Pierot

« Temps Mossad sur BKK » de Pierre Olivieri... Réinventer le genre ?

De quelle étoffe sont faits les bons livres ? Sans puiser impunément dans Shakespeare, ils sont de celles « dont sont faits les songes ». C'est ce tissu fragile, interface de la fiction et du réel dont on comprend l'existence lorsque l'on se cogne la tête contre un mur, ainsi le disait Lacan. Bon, pour ce livre, j'ai déjà convoqué un grand dramaturge et un psy désopilant, c'est dire qu'il m'a séduit ! De quoi s'agit-il ? Un livre a un titre et tout est dedans. En l'occurrence « Temps Mossad sur BKK » Il a aussi un auteur : Pierre Olivieri. Déjà, on est informé qu'il s'agit d'une histoire d'espionnage et que l'on ne va pas s'ennuyer puisque Pierre a une longue histoire avec les romans, ceux, pour le bonheur des lecteurs, qu'il écrit. Je n'en tiendrai pas la liste et on peut demander à Google de nous la fournir mais puisqu'il appartient à cette aristocratie des romanciers voyageurs, on comprendra qu'il est à son affaire.

Au delà du jeu de mot : Mossad- maussade et de BKK, pour celles et ceux qui ne connaissent pas l'Asie, il s'agit de Bangkok, un roman parfaitement de notre époque puisqu'il pose la question, finalement, de la légitimité d’Israël en Palestine et les dangers qu'encourent actuellement le pays. Bon, il y a des tas d'antisémites qui se cachent sous le plis de l'antisionisme ( je n'ai jamais trop compris la différence) qui pourraient se ravir que la fiction pose cette question en y trouvant une réponse exotique. Mais non, le roman de Pierre Olivieri ne l'est certainement pas et ce sont bien de hautes autorités du pays qui mandatent Herzl, un journaliste en déshérence, recruté par le Mossad afin de régler la question. Et c'est une plongée en apnée dans les arcanes du Mossad, avec truculence et on salue la performance de l'auteur d'être si bien renseigné. Puis l'on part en balade puisque le Mossad est à la fois une multinationale et agence de voyage, le Canada, la Thaïlande avec ce sublime projet d'y délocaliser Israël !

C'est alors que Pierre Olivieri se fait portraitiste avec cette galerie des piliers du népotisme qui tient le royaume.. Et c'est franchement marrant, façon grimace parce que ce pays vaut tellement mieux. Au choix, on peut tomber amoureux -c'est mon cas car j'aime les filles dangereuses- de Chantira -ou la détester- la Thaïe multi-service, belle et talentueuse qui a le sexe et l'espionnage dans le sang... Sans oublier, aussi, cette sensation de se retrouver dans les rues de Bangkok, parcourir ses quartiers, goûter sa vénéneuse agitation...

Bref, tous les ingrédients d'un bon roman d'espionnage, nécessairement d'aventure mais d'un type rare et particulier parce que les questions -on va dire- sociétales et géopolitiques sont traitées dans leur actuelle acuité, mais avec suffisamment d'humour et de style, donc de talent pour le total plaisir du lecteur et son enrichissement cérébral !

Disponible FNAC, AMAZON, etc. Editions de la Plus Haute Tour. 14,99 euros

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